Rougeole
Introduction
:
Maladie infectieuse virale, très contagieuse, exclusivement humaine,
cosmopolite et immunisante qui touche surtout le jeune enfant.
Exceptionnelle avant l'âge de 6 mois, grave avant la vaccination.
Maladie à déclaration obligatoire pour laquelle il n'existe
pas de traitement spécifique.
La prophylaxie repose sur la vaccination.
Epidémiologie
:
1-
Agent causal :
le virus morbilleux (isolé en 1954) est un virus à ARN
monocaténaire, enveloppé (donc fragile dans le milieu
extérieur), appartenant à la famille des Paramyxovirdae,
genre Morbillivirus. Il diffère des autres paramyxoviridae par
l'absence de neuraminidase et des autres morbillivirus par la possession
d'une hémagglutinine.
L'homme est le seul réservoir du virus.
2-
Transmission :
aérienne ; rhinopharyngée et conjonctivale. Très
rarement transplacentaire ou indirecte par des objets contaminés.
3-
Contagiosité : 6
à 7 jours avant l'apparition de l'exanthème (2-3j avant
la phase d'invasion) jusqu'à 2 à 3 jours après.
4-
Age/sexe :
A l'ère prévaccinale, la rougeole touchait surtout les
enfants de 2 à 5 ans en milieu urbain et de 5 à 10 ans
en milieu rural. Elle était rare avant 6 mois (immunisation passive
par les AC maternels transmis par voie transplacentaire) et son incidence
après 20 ans était presque nulle.
Après
la généralisation de la vaccination, on a observé
un recul très net de l'âge de survenue de la maladie.
Elle touche
aussi bien la fille que le garçon bien que ce dernier s'avère
plus sujet aux complications (panencéphalite sclérosante
subaiguë ++)
Elle sévit
sur un mode endémo-épidémique en milieu urbain
avec recrudescence hiverno-printanière.
Physiopathologie
:
1-
Avant la virémie :
Pénétration du virus par le rhino-pharynx/conjonctive
oculaire
atteinte
des cellules épithéliales multiplication.
J1-J2 atteinte du tissu lymphoïde régional
J2-J3 +/- virémie brève
atteinte du système réticulo-endothélial à
distance
Au total : multiplication dans les cellules respiratoires et conjonctivales,
dans le système réticulo-endothélial régional
et à distance et dans les lymphocytes.
2-
Virémie :
Nécrose des cellules réticulo-endothéliales libération
massive de virus : maximale entre J11-J15, disparaît à
J17
* Conséquences cliniques :
----- * Multiplication au niveau du rhino-pharynx
signes de la période d'invasion (10 +/- 2j après le contage).
----- * Diffusion dans l'organisme (arbre
respiratoire, peau, conjonctive) signes prodromiques + exanthème
(probablement dû à une interaction des cellules infectieuses
et des lymphocytes sensibilisés)
3-
Fin de l'infection :
Marquée par le développement d'une immunité tant
humorale que cellulaire.
Clinique
:
1-
Incubation :
de 10jours en moyenne (8-12j), cliniquement silencieuse, mais peut être
marquée par une fièvre modérée, des signes
d'atteinte respiratoires discrets transitoires.
2-
Invasion :
la plus longue des maladies infectieuses, elle dure 4-5 jours, très
contagieuse.
Elle se traduit par :
* un malaise général
* une fièvre qui atteint progressivement 39-40°C juste avant
l'éruption + frissons, parfois convulsions par hyperthermie.
* Courbatures, céphalées, sommeil agité et soif
vive.
* Catarrhe diffus des muqueuses :
-----1.
Catarrhe oculaire (12h après le début de la fièvre)
: injection conjonctivale, larmoiement, dème palpébral,
parfois sécrétions muco-purulentes.
-----2.
Catarrhe nasal : (après 24h de fièvre) : éternuements
répétés, écoulement séreux ou séro-muqueux
bilatéral, parfois muco-purulent avec rougeur narinaire et la
lèvre supérieure.
-----3.
Catarrhe laryngo-trachéo-bronchique : toux sèche
incessante : "toux férine", des râles bronchiques
peuvent être notés.
-----4.
Diarrhée traduisant le catarrhe digestif, avec des douleurs
abdominales parfois pseudo-appendiculaires dues à une adénolymphite
mésentérique.
Le
diagnostic à cette phase repose sur la mise en évidence
du signe de KÖPLICK, pathognomonique de la rougeole.
Il apparaît à la 36ème heure d'évolution
et disparaît rapidement 24 à 48 heures après
le début de l'éruption.
C'est la constatation de petites taches blanc bleuâtre sur
un fond érythémateux, de quelques mm de diamètre,
situées sur la muqueuse jugale, en regard de la prémolaire
inférieure. |
3-
Phase d'état :
(phase éruptive) survient 14 jours après le contage (10
jours d'incubation et 4 jours d'invasion). Elle se caractérise
par une éruption d'extension descendante :
* J1 : éruption discrète,
débutant derrière les oreilles, au pourtour de la bouche
puis toute la face.
* J2 : elle s'étend au cou, épaules,
thorax et membres supérieurs.
* J3 : elle s'étend à l'abdomen
et aux cuisses.
* J4 : éruption généralisée
alors qu'elle commence à disparaître au niveau du visage.
L'aspect
est celui de maculo-papules rouges, multiples, inégales de 1
à quelques mm de diamètre, s'effaçant à
la vitropression, non prurigineuses, isolées ou confluentes par
endroits mais toujours avec des intervalles de peau saine.
L'écoulement
nasal, le larmoiement et la diarrhée persistent.
La fièvre décroît progressivement. L'apyrexie est
obtenue vers le 3ème-4ème jour.
Complications
:
1-
Complication respiratoires :
* Rhinite purulente, pharyngite, otite :
dues à une surinfection.
*
Laryngite précoce :
virale, c'est la laryngite striduleuse. Elle se manifeste par une dyspnée
inspiratoire modérée avec tirage. De bon pronostic.
*
Laryngite tardive :
post-éruptive, de surinfection par le staphylocoque ou hemophilus
influenzae.
Elle est grave, parfois asphyxiante.
*
Bronchite :
c'est la complication la plus grave ; elle réalise un tableau
dramatique avec détresse respiratoire aiguë.
Rx : opacités disséminées, parfois confluentes.
*
Autres :
Emphysème, atélectasie.
2-Complications
neurologiques :
* Leuco-encéphalite : complication
précoce, survient au 4ème-5ème jour de l'éruption.
Caractérisée par :
----* une reprise de la fièvre
----* convulsions
----* troubles de la conscience
----* signes neurologiques focalisés.
L'évolution se fait vers la guérison, parfois avec séquelles
neuropsychiatriques, rarement vers la mort.
Cette variété d'encéphalite s'observe souvent chez
des enfants présentant un déficit immunitaire qui permet
au virus d'agir facilement au niveau du cerveau.
*
Panencéphalite subaiguë sclérosante de VAN BOGAERT
:
(PESS) Il s'agit d'une complication tardive se manifestant plusieurs
années après l'éruption. Elle se caractérise
par une détérioration mentale et motrice.
L'évolution est constamment mortelle en 5-11 mois.
*
Autres :
Méningite, abcès cérébral de surinfection
à partir d'une otite purulente.
3-
Autres complications :
* Thrombopénie transitoire (donnant
un aspect purpurique à l'érythème)
* Complications oculaires : à type
de kératite ulcéreuse avec risque de cécité.
Formes
cliniques :
1-
Rougeole maligne : très
rare, surtout en cas de malnutrition. D'évolution fatale en quelques
heures ou jours. Elle comporte :
* Forme suffocante : insuffisance respiratoire aiguë
* Forme ataxo-adynamique : atteinte neurologique grave se manifestant
dès l'éruption par un tuphos avec parfois délire,
une hyperthermie, langue rôtie et oligurie.
* Forme hémorragique (rougeole noire): troubles de l'hémostase
à l'origine d'hémorragies muqueuses et viscérales
(CIVD)
2-
Formes atténuées :
d'autant plus fréquentes avec l'extension de la vaccination.
3-
Chez la femme enceinte : risque
d'avortement, d'accouchement prématuré.
4-
Chez le nouveau-né :
éventualité rarissime aujourd'hui, observée si
la mère contracte la maladie en fin de grossesse où le
passage du virus par voie placentaire est certain. L'éruption
apparaît alors dès la naissance ou dans les 10-12 jours
qui suivent. La survie est habituelle.
5-
Chez le nourrisson :
incubation prolongée, catarrhe et exanthème discrets,
complications otitiques et broncho-pulmonaires graves.
6-
Forme de l'immuno-déprimé :
(sévère) fièvre anormalement durable, période
d'extension de l'éruption anormalement prolongée, néanmoins,
l'évolution est généralement favorable.
Des complications redoutables peuvent survenir à type de PESS
et de pneumopathie interstitielle.
Diagnostic
positif :
1-
A l'interrogatoire :
rechercher la notion de contage, l'absence d'ATCD de rougeole.
2-
A la Rx :
accentuation de la trame périhilaire avec traînées
hilifuges.
3-
diagnostic biologique :
----* Mise en évidence des antigènes
viraux dans les cellules respiratoires ou nasales par IFD.
----* Isolement du virus sur culture cellulaire
de rien de singe.
----* Sérologie.
Diagnostic
différentiel :
Se pose
avec les érythèmes morbilliformes :
----* Rubéole
----* Exanthème subit : dû
à l'herpes virus 6 (HVH6), caractérisé par une
fièvre ne dépassant pas 3 jours et la disparition de l'éruption
dans l'espace de 24 heures.
----* MNI
----* Allergie médicamenteuse
Traitement
:
Le traitement
est essentiellement symptomatique :
* Lutte contre la fièvre par moyens physiques et chimiques
* Apport hydro-électrolytique adéquat
* Alimentation correcte
* Prévention des convulsions hyperthermiques par les Benzodiazépines
* Prescription d'antitussifs
* Antibiothérapie si surinfection : Augmentin
* Dans les formes malignes : entreprendre des mesures de réanimation
La ribavirine peut être utilisée chez les patients immunodéprimés
atteints d'encéphalite ou de pneumopathie.
Prévention
:
Maladie
à déclaration obligatoire
L'isolement du malade n'est pas utile après les deux premiers
jours de l'éruption
La
séroprévention : repose sur les immunoglobulines
destinées aux nourrissons de plus de 9 mois et cela en cas de
contage de plus de 72 heures.
La
vaccination : utilise un virus vivant atténué :
Rouvax® (souche Schwarz) , ROR 'souche Edmonston 749D)
Une seule injection en sous cutané ou en IM à l'âge
de 9 mois (taux de séroconversion : 30%).
Rappel à 6 ans. (TABLEAU VACCINAL)
Contre indications : immunodépression, grossesse, allergie au
solvant (protéine de l'uf, néomycine et kanamycine)
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